Que feraient-ils s’ils savaient ? Cette question hante ton esprit autant qu’elle suscite en toi un frisson d’excitation. Tu y penses souvent.
Tu y penses quand tu ouvres la navigation privée sur ton ordinateur. Tu y penses quand tu choisis un pseudonyme sur un réseau social. Tu y penses quand tu ouvres ton tiroir à double fond dans lequel est caché un masque de chien en cuir noir. Tu y penses quand tu retournes ton téléphone sur la table de nuit, quand tu désactives les notifications et que tu glisses doucement ton câble sous l’oreiller. Tu y penses quand tu dragues des filles dans les bars, quand tu racontes tes exploits sexuels imaginaires et que tu mimes des gestes obscènes à tes copains en désignant une femme qui déambule dans la rue.
Et pourtant, que diraient tes amis s’ils te voyaient vêtu de tes tenues en latex, que dirait ta famille si elle savait que lorsque tu fréquentes une femmes ce n’est pas pour construire une vie à ses côtés mais pour subir ses coups de fouet cinglants, que diraient tes collègues de travail s’ils découvraient que lorsque tu vas aux toilettes pendant ta pause c’est pour envoyer des vocaux de toi en train d’aboyer ? Que feraient-ils s’ils savaient, tous ces gens qui n’ont accès qu’à une vision tronquée de l’étendue de ta personnalité.
Cette question tourne en boucle dans ta tête comme un refrain de chanson qu’on n’arrive pas à chasser. Ça pourrait probablement tout détruire oui je te l’accorde, alors pourquoi tu t’obstines à continuer ? Et même pire que ça pourquoi tu recherches ce sentiment ? Pourquoi dès que tu en as l’occasion tu prends encore plus de risques ? Qu’est ce qui prend feu chez toi pour que tu fasses de moins en moins attention ? Tu te surprends à presque laisser des indices de cette double vie, tu sèmes de légères marques de cet alter égo un peu partout, lui laissant chaque jour toujours un peu plus de place que la veille. Bien sûr ton petit secret reste bien gardé mais pour combien de temps encore, pour combien de temps encore va-t-il rester cette ombre fuyante qui te suit.
Quand tu y réfléchis tu réalises que le goût du risque est incomparable à tous les autres plaisirs et que malgré toi c’est exactement ce qui te fait vibrer. L’idée que tout puisse s’effondrer à cause d’une dominatrice trop sadique hérisse les poils de tes bras et esquisse un sourire au coin de tes lèvres.
Que ferait-elle si Elle savait ? Si elle connaissait tes informations personnelles, si elle te croisait dans un restaurant, un concert, si elle découvrait l’intitulé de ton poste et ton numéro de téléphone. En profiterait-elle ?
Au fond de toi tu l’espères, tu pries pour que ça arrive et tu attends impatiemment ce jour où tu auras définitivement dit adieu à toute forme de rébellion. Ne t’en fais pas, ce moment arrivera bien plus vite que tu ne le crois.
